LANCEMENT DU PROJET PILOTE « CAR » : CENTRE D’ACCOMPAGNEMENT ET DE RESPONSABILISATION POUR AGIR À LA SOURCE

Face à la hausse des violences intrafamiliales, la Wallonie innove avec le lancement d’un projet pilote unique en Belgique : un dispositif résidentiel spécifiquement dédié aux auteurs de violences intrafamiliales (VIF). Installé au sein du premier centre d’accueil de la province du Luxembourg, ce dispositif vise à agir directement sur les comportements violents afin de protéger durablement les victimes et prévenir les récidives.

La Région wallonne finance un projet inédit en Belgique : la création, au sein de la Maison d’accueil Banalbois, un dispositif résidentiel spécifiquement destiné aux auteurs de violences intrafamiliales (VIF). Le projet pilote « CAR » (CENTRE D’ACCOMPAGNEMENT ET DE RESPONSABILISATION), soutenu par un subside de 270.000 euros, est lancé pour une durée de deux ans. Sur les 21 places de la maison, 10 seront dédiées aux auteurs de VIF.

Alors que les dispositifs d’aide se concentrent habituellement sur les victimes, cette initiative part d’un constat : on ne peut réduire durablement les violences intrafamiliales sans travailler directement avec les auteurs.

Le projet CAR poursuit ainsi quatre objectifs :

  • Responsabiliser les bénéficiaires en travaillant en profondeur leurs comportements violents ;
  • Prévenir la récidive grâce à un programme structuré et évalué ;
  • Protéger les victimes en agissant sur les causes plutôt que sur les seules conséquences ;
  • Offrir une alternative crédible entre sanction et prévention.

Un accompagnement structurant, thérapeutique et responsabilisant

Le dispositif CAR propose un parcours résidentiel structuré combinant un accompagnement individuel renforcé, des groupes thérapeutiques, des ateliers de responsabilisation, et des espaces d’analyse.

Concrètement, les résidents poursuivront huit axes de travail :

  • Les mécanismes de la violence ;
  • Les comportements personnels ;
  • Les conséquences des actes ;
  • La responsabilisation ;
  • L’égalité femme/homme ;  
  • Les relations femme/homme ;
  • Les difficultés rencontrées et exprimées ;
  • La gestion des émotions.

Dirigée par Ingrid Iachini, la directrice de la Maison Banalbois, qui travaille depuis 20 ans aux côtés des victimes, la structure composée par une équipe majoritairement féminine place l’égalité de genre au centre du dispositif.

Un éloignement physique pour protéger les femmes

Le projet s’inscrit dans une logique de protection renforcée des femmes et des enfants victimes de violences et de changement de paradigme : ce ne sont plus les femmes qui doivent quitter le domicile mais bien l’auteur de violences.

Le programme n’est pas fondé sur une contrainte judiciaire. L’entrée peut résulter d’une démarche volontaire, d’une interpellation par un service confronté à une situation préoccupante (DIVICO – CPAS – Police…), ou d’une alternative à une mesure plus lourde.

Isolé, le lieu favorise le recentrage, la prise de conscience et la déconstruction de la dynamique d’immédiateté dans laquelle s’inscrit souvent la violence.

Les personnes accueillies peuvent séjourner jusqu’à deux ans dans un environnement sécurisé, stable et thérapeutique.

Un ancrage institutionnel et politique

Le projet s’inscrit pleinement dans les engagements de la Déclaration de Politique Régionale et Communautaire (DPR/DPC), qui prévoit une attention particulière à l’accompagnement des auteurs de violences.

Les orientations internationales confirment également la pertinence du dispositif.

Le GREVIO, l’organe de suivi de la Convention d’Istanbul, comme le Comité CEDAW des Nations Unies soulignent que les programmes d’accompagnement des auteurs constituent une composante essentielle de la prévention de la violence à l’égard des femmes.

Yves Coppieters, Ministre de l’Egalité des chances et des Droits des femmes : « Avec le projet CAR, la Wallonie se dote d’un outil innovant et ambitieux, en agissant sur les causes, en transformant les comportements et en travaillant avec les auteurs pour protéger les victimes de demain. »

Ingrid Iachini, Directrice de la Maison d’accueil de Banalbois et porteuse du projet pilote : « Ce projet pilote est l’aboutissement de plus de vingt années de travail, de rencontres et de réflexion au contact direct des réalités des violences intrafamiliales. Au fil de mon parcours auprès des victimes, mais également auprès des auteurs, s’est imposée la conviction qu’il fallait agir sur l’ensemble du système pour produire un changement durable. Ce dispositif concrétise une idée qui a longuement mûri : travailler en profondeur sur les comportements afin de mieux protéger les victimes et prévenir la récidive, pour éviter que d’autres violences ne se reproduisent. »

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