Précarité hydrique : la Wallonie veut mieux mobiliser le Fonds social de l’eau et agir sur les causes des surconsommations

Le Gouvernement wallon adopte sa stratégie 2026-2029 pour lutter contre la précarité hydrique. Objectif : mieux mobiliser les aides existantes, agir plus tôt auprès des ménages concernés, avant que les difficultés financières ne s’aggravent. Parmi les innovations de la stratégie figure l'optimisation du Fonds des améliorations techniques et la mobilisation de l’économie sociale afin d’intervenir directement auprès des ménages concernés.

La précarité hydrique reste une réalité pour de nombreux ménages wallons. Selon le Baromètre wallon de la précarité hydrique, près de 8 % des ménages rencontrent des difficultés à assumer leur facture d’eau, soit environ 135.000 foyers. Cette situation touche particulièrement les familles monoparentales, les personnes sans emploi, les travailleurs aux revenus modestes ainsi que les ménages locataires.

Pourtant, la Wallonie dispose depuis de nombreuses années d’un dispositif de solidarité important : le Fonds social de l’eau. Celui-ci permet aux ménages confrontés à des difficultés financières de bénéficier d’un soutien pour le paiement de leur facture d’eau, mais également de financer des améliorations techniques destinées à réduire leur consommation.

Les chiffres démontrent cependant un paradoxe préoccupant. Alors que les besoins existent, le recours aux aides demeure insuffisant. Le travail mené par les acteurs du secteur montre ainsi qu’une très large part des ménages potentiellement concernés ne sollicite pas le Fonds social de l’eau. En 2024, le Fonds disposait d’une enveloppe totale de plus de 6,8 millions d’euros, dont seulement 60% ont été mobilisés. Quant au Fonds des améliorations techniques, destiné à financer les interventions permettant de réduire les consommations excessives, son taux d’utilisation était limité à 11 %.

Après une première feuille de route adoptée en 2025, le Gouvernement wallon franchit une nouvelle étape avec une programmation pluriannuelle couvrant la période 2026-2029. À ce jour, 21 des 23 mesures de cette première feuille de route ont été clôturées.

Concrètement, ce travail a notamment permis d’actualiser le Baromètre wallon de la précarité hydrique, de lancer une campagne d’information sur le Fonds social de l’eau, d’élaborer un vade-mecum des aides destinées aux professionnels de première ligne et d’harmoniser les pratiques des distributeurs en matière de réductions accordées lors de fuites cachées. Les tuteurs Énergie-Eau ont également été formés aux aspects administratifs et techniques de la gestion de l’eau. La programmation 2026-2029 s’appuie sur ces acquis pour renforcer l’approche préventive. Composée de 12 mesures, elle entend améliorer l’accès aux aides, mieux informer les ménages et les acteurs de terrain, poursuivre la formation des professionnels et développer des solutions permettant d’agir directement sur les causes de surconsommations dans les logements.

Cette programmation poursuit les trois axes engagés en 2025 (sensibiliser, simplifier et former), tout en développant de nouvelles solutions pour agir directement sur les causes de la précarité hydrique :

  • Renforcer la sensibilisation et l’information autour du Fonds ;
  • Simplifier les démarches administratives et améliorer l’accès aux aides ;
  • Former les professionnels de terrain et les futurs intervenants sociaux ;
  • Développer de nouvelles solutions concrètes pour lutter contre les causes structurelles de la précarité hydrique.

Mobiliser l’économie sociale pour réparer, prévenir et accompagner

De nombreuses situations de précarité hydrique trouvent leur origine dans des fuites non détectées, des équipements vieillissants ou des installations défectueuses. Or, les CPAS rencontrent régulièrement des difficultés pour identifier rapidement des professionnels disponibles afin de réaliser les petites interventions. La Wallonie souhaite dès lors structurer un réseau d’intervenants techniques de proximité, issus notamment de l’économie sociale, afin de faciliter leur mobilisation par les CPAS et d’élargir le nombre d’interventions pouvant être prises en charge sans attendre :  détecter une fuite, intervenir sur un équipement défectueux ou remédier à une installation qui entraîne une surconsommation.

Parallèlement, la Wallonie entend améliorer l’utilisation du Fonds social de l’eau et du Fonds des améliorations techniques en renforçant sa collaboration avec les opérateurs de l’immobilier à finalité sociale. Cette démarche vise à mieux identifier les besoins, à cibler les solutions les plus efficaces pour réduire les consommations excessives d’eau et à faciliter l’accès aux dispositifs d’aide existants.

Cette approche poursuit un triple objectif :

  • Réduire durablement les factures d’eau des ménages concernés,
  • Améliorer l’utilisation des mécanismes de solidarité existants
  • Soutenir l’emploi local à travers l’économie sociale et les métiers de proximité.

La stratégie 2026-2029 prévoit également la poursuite des campagnes de communication autour du Fonds social de l’eau, l’organisation d’ateliers de sensibilisation, le développement de nouvelles formations pour les assistants sociaux, et les acteurs techniques, ainsi qu’une réflexion sur l’automatisation de certaines démarches administratives.

Yves Coppieters, Ministre wallon de l’Environnement et des Solidarités : « Chaque fuite réparée, chaque installation améliorée, chaque ménage mieux accompagné représente une facture allégée demain. C’est une politique utile socialement, efficace économiquement et bénéfique pour une gestion plus responsable de notre ressource en eau. C’est tout le sens de cette nouvelle stratégie : renforcer l’accès aux aides existantes, simplifier les démarches et agir directement sur les causes des surconsommations qui pèsent sur le budget des ménages ».

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