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Les PFAS, utilisés depuis les années 1950 dans de nombreux produits industriels et de consommation, sont caractérisés par leur grande stabilité. Ils persistent dans l’environnement et s’accumulent dans l’organisme humain, présentant des risques quant à leurs effets potentiels sur la santé.
L’étude, basée sur l’analyse de plus de 1.600 participants et de nombreuses variables liées aux habitudes de vie, à l’alimentation et à l’environnement, met en évidence plusieurs déterminants. La recherche des facteurs d’exposition a été réalisée pour les six PFAS les plus quantifiés (plus de 70% de quantification) : PFOA, PFOS, PFHxS, PFNA, PFHpS et PFDA.
Dans les zones étudiées, les niveaux mesurés chez les résidents – tous groupes d’âge confondus – sont significativement plus élevés que dans la population générale wallonne, confirmant une exposition accrue.
Comprendre les sources d’exposition
Afin d’identifier les causes de cette contamination, l’ISSeP s’est basé sur des analyses sanguines et des questionnaires détaillés à propos des habitudes de vie, de l’alimentation et de l’environnement des participants.
Les problématiques étant similaires dans les quatre zones, l’ensemble des résultats PFAS et questionnaires des participants des quatre zones ont été regroupés dans un jeu de données unique afin d’apporter plus de robustesse à l’analyse statistique des questionnaires. Par ailleurs, les effectifs des classes d’âge « enfant » (< 3 ans, 3-5 ans et 6-11 ans) étant faibles, une catégorie unique « enfants de moins de 12 ans » a été créée.
Les résultats mettent en évidence plusieurs déterminants majeurs :
- Facteurs individuels : déjà observé dans le premier volet de l’étude, l’âge et le sexe influencent les niveaux d’imprégnation, les personnes plus âgées et les hommes présentant généralement des concentrations plus élevées.
- Lieu de résidence et durée d’exposition : les habitants résidant depuis plus de 10 ans dans les zones concernées présentent des niveaux plus élevés.
- Consommation d’eau du robinet : identifiée comme un facteur déterminant majeur. Les personnes ayant consommé de l’eau du robinet pendant la période de contamination présentent des concentrations en PFAS plus élevées.
- Alimentation : la consommation d’œufs issus d’élevages domestiques et de produits de la mer est liée à des niveaux plus élevés d’exposition.
- Produits du quotidien : certains produits (textiles, cosmétiques, produits d’hygiène) peuvent également contribuer à l’exposition, bien que leur impact apparaisse plus limité au vu des résultats de cette étude.
Des recommandations concrètes pour réduire l’exposition
Sur base de cette étude, plusieurs recommandations sont renforcées ou formulées :
- Maintenir une surveillance stricte de la qualité de l’eau potable, ce qui est déjà en place en Wallonie ;
- Réduire l’exposition via des actions individuelles et collectives ;
- Par principe de précaution, éviter la consommation d’œufs d’autoproduction dans les zones concernées, en attendant des analyses complémentaires. (Une étude approfondie des œufs d’autoproduction chez les particuliers de la zone, mais également à l’échelle de la Wallonie, est pertinente pour éclairer les citoyens et les autorités sur cette problématique.)
Face aux PFAS, agir tous les niveaux de pouvoir
Au niveau local, les dispositifs restent pleinement mobilisés : un monitoring régulier de la qualité des eaux de distribution est assuré, les enquêtes environnementales se poursuivent afin de mieux cerner les sources de contamination, et des campagnes de dépistage sanguin sont en cours via l’AVIQ.
À l’échelle de la Wallonie, l’objectif est d’affiner la connaissance et de réduire les expositions. Cela passe notamment par la détermination du « bruit de fond » des PFAS dans les sols, par des études ciblées — notamment sur les œufs issus d’autoproduction — ainsi que par des mesures visant à limiter les sources de pollution, telles que la réduction ou l’interdiction de certains pesticides et la diminution des rejets industriels.
Au niveau belge, les travaux se poursuivent en vue de renforcer le cadre de protection, notamment à travers la mise en place d’un fonds d’indemnisation environnementale et la révision des normes applicables aux produits.
Enfin, au niveau européen, la Wallonie soutient pleinement les initiatives visant à interdire les PFAS à la source, condition indispensable pour réduire durablement leur présence dans l’environnement.
Yves Coppieters, Ministre de la Santé et de l’Environnement : « Nous refermons aujourd’hui un chapitre important pour les citoyens : celui qui nous a permis de mesurer, comprendre et expliquer les différentes expositions aux PFAS. Ce travail permet de mieux cerner encore les causes d’imprégnation et d’adapter les comportements en conséquence. C’est pourquoi je remercie l’ISSeP et le SPW ARNE pour le travail qui nous est présenté aujourd’hui, ainsi que leur mobilisation depuis plusieurs années désormais. Je remercie aussi l’AVIQ, pour l’accompagnement des personnes concernées, du personnel de santé et la mobilisation actuelle sur le dépistage. Et je tiens aussi à remercier les autorités locales des communes concernées, pour leur collaboration étroite, leur rôle de proximité avec les citoyens dans cette période exigeante. Il est enfin à souligner que les distributeurs d’eau ont fait preuve de réactivité et désormais de proactivité pour anticiper les normes européennes. Si ce chapitre est clos, notre responsabilité en tant que pouvoirs publics est de poursuivre les investigations, continuer à garantir aux citoyens une qualité de l’eau irréprochable et de poursuivre l’amélioration du cadre réglementaire autour des PFAS, aux niveaux européen, fédéral et régional ».
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